"Déjà il faudrait qu'ils soient présents."
"Déjà il faudrait qu'ils soient impliqués."
Ces commentaires reviennent systématiquement dès que j'aborde le rôle des pères pendant la grossesse, l'accouchement ou le post-partum. Comme si les hommes n'avaient pas envie d'être là. Comme s'ils manquaient à l'appel volontairement.
Mais si ce n'était pas un manque d'envie... mais un manque de message clair ? Un manque de ressources ? Un manque de modèles ? Un manque de transmission ?
Cette phrase de Stromae dans Papaoutai me bouleverse à chaque fois. Elle résume une réalité que peu osent nommer : on n'apprend pas aux hommes à devenir pères.
J'en ai les larmes aux yeux quand j'y pense. Pour tous ces bébés qui ont manqué d'une vraie présence rassurante. Pour toutes ces mamans qui ont élevé leurs enfants dans la solitude, malgré le fait d'être en couple. Mais aussi pour tous ces papas qui n'ont pas su être là.
Je dis bien "n'ont pas su" et pas "n'ont pas voulu". Parce que je suis convaincue que c'est un manque de message clair, de ressources, de modèles, de transmission.
Nous ne sommes pas seulement la première génération de pères massivement attendue à l'accouchement. Nous sommes aussi la première génération qui doit remplacer tout le village de soutien disparu.
Pendant des millénaires, lorsqu'une femme enfantait, elle était entourée. Par sa mère, ses sœurs, ses tantes, les femmes du village. Elles la soutenaient physiquement et émotionnellement. Elles lui transmettaient leur savoir ancestral sur la grossesse, sur les positions qui soulagent, sur les tisanes qui apaisent, sur les gestes qui rassurent. Elles l'aidaient pendant le post-partum : elles cuisinaient, s'occupaient des aînés, berçaient le nouveau-né pendant qu'elle dormait, validaient ses émotions, normalisaient ses peurs.
La plupart des jeunes couples vivent loin de leur famille. Les voisins ne se connaissent plus ou n'osent pas aller frapper à la porte pour offrir un plat tout chaud. Les femmes accouchent entourées de professionnel.le.s qu'elles n'ont souvent rencontrés qu'une ou deux fois. Et après la naissance, elles se retrouvent seules avec un nouveau-né, sans la moindre idée de ce qui est normal ou inquiétant.
Et aujourd'hui, on attend du père qu'il remplace à lui seul toutes ces présences féminines. Qu'il soit le pilier unique de sa compagne pendant la grossesse, l'accouchement, le post-partum. Qu'il sache intuitivement comment masser son dos pendant les contractions, comment l'encourager sans la brusquer, comment tenir l'espace émotionnel quand elle s'effondre en larmes le troisième jour post-partum. Qu'il gère la maison, les repas, les courses, tout en travaillant à plein temps après un congé paternité dérisoire.
Le problème ? Personne ne l'a vraiment prévenu. Et personne ne lui a transmis ces savoirs.
Ils ne sont ni dans son bagage génétique, ni dans son bagage culturel. Son propre père n'était probablement pas présent à sa naissance. Son grand-père encore moins. Ils n'ont pas changé de couches pendant les premières semaines. Ils n'ont pas porté leurs bébés pendant des heures pour soulager leur compagne. La plupart sont allés travailler dès le lendemain de la naissance et sont rentrés le soir en demandant : "Alors, ça va ?"

On leur dit : "Tu verras bien", "C'est intuitif", "Tu apprendras sur le tas", "Les pères n'ont pas besoin de se préparer, c'est la mère qui accouche".
Tout en ayant des attentes implicites immenses et totalement en décalage avec cette absence de préparation.
On attend d'eux qu'ils soient présents pendant l'accouchement, mais personne ne leur explique vraiment à quoi ça ressemble. On leur montre des films hollywoodiens où la femme pousse trois fois et le bébé sort, où le père coupe le cordon en souriant. Personne ne leur parle des heures de travail, de la fatigue écrasante, du sentiment d'impuissance face à la douleur de leur compagne, de la violence potentielle de certaines interventions médicales, du sang, du liquide, du vernix, des cris, de l'intensité brute de la vie qui émerge.
Personne ne leur dit qu'ils vont peut-être assister à une césarienne en urgence et se sentir complètement inutiles, exclus, terrorisés. Personne ne leur dit qu'ils vont rentrer chez eux après trois jours à l'hôpital, épuisés, avec un bébé qui pleure toutes les deux heures, et qu'on attend d'eux qu'ils "gèrent" pendant que leur compagne tente de se remettre d'une chirurgie abdominale majeure ou d'un accouchement de quinze heures.
Personne ne leur dit que leur compagne va peut-être pleurer sans raison apparente, qu'elle va peut-être leur en vouloir pour des choses qu'ils ne comprennent pas, qu'elle va peut-être se sentir submergée, dépassée, parfois même terrifiée par ce nouveau rôle. Et qu'eux devront accueillir tout ça sans manuel, sans formation, sans modèle.
Assister à un accouchement potentiellement traumatique tout en restant un pilier solide et en sortant indèmne, ce n'est pas intuitif. C'est même contre-intuitif. L'instinct masculin, souvent, c'est de vouloir "réparer", "résoudre", "sauver". Mais pendant un accouchement physiologique, le rôle du père n'est pas d'agir, c'est de tenir l'espace. C'est d'être là, présent, sans rien faire d'autre que respirer avec elle, lui rappeler qu'elle en est capable, lui donner de l'eau, essuyer son front. C'est se freiner d'intervenir quand chaque fibre de son être lui hurle de faire quelque chose pour arrêter sa souffrance.
Être un père présent tout en étant attendu au travail au plus vite, ce n'est pas intuitif non plus. Le congé paternité en France est de 28 jours maximum. Vingt-huit jours pour s'adapter à la paternité, soutenir sa compagne, créer un lien avec son enfant, trouver un nouvel équilibre. Et après ? Retour au bureau, au rythme d'avant, comme si rien n'avait changé. Sauf que tout a changé.
Accueillir les montagnes russes émotionnelles de la femme qu'il aime pendant la grossesse, l'enfantement et le post-partum, alors que la majorité des hommes n'ont jamais vraiment appris à accueillir pleinement leurs propres émotions, ce n'est pas intuitif. On apprend aux garçons à ne pas pleurer, à "être forts", à gérer, à ne pas montrer leurs faiblesses. Comment peuvent-ils alors accueillir la vulnérabilité, les larmes, les peurs, les doutes de leur compagne ?
Se freiner d'essayer de "sauver" sa compagne quand elle est en souffrance, et simplement l'encourager, être là, tenir l'espace... c'est probablement l'une des choses les moins intuitives qui soient pour un homme. Et pourtant, c'est exactement ce dont elle a besoin.
Nous apprenons par imitation, par modèle. C'est ainsi que fonctionne le cerveau humain depuis la nuit des temps.
L'intuitif, c'est de reproduire ce que nous avons vécu, ce qui nous a été transmis par nos propres parents. Un enfant qui a vu son père changer des couches, bercer, cuisiner, s'occuper des tâches ménagères, va trouver ça "normal" et le reproduira naturellement. Un enfant qui a vu son père rentrer du travail, s'asseoir devant la télé pendant que sa mère gérait tout, va inconsciemment reproduire ce schéma, même s'il ne le souhaite pas intellectuellement.
Et peu d'hommes des générations précédentes avaient ces compétences de présence émotionnelle, d'accompagnement, de soutien actif pendant la périnatalité. Ils n'ont pas eu de modèles. Leurs pères non plus. Et ainsi de suite, sur plusieurs générations.
Devenir un père présent, impliqué, conscient en 2026, c'est un apprentissage tout nouveau. C'est casser des chaînes transgénérationnelles. C'est créer un nouveau modèle pour ses propres enfants. C'est inventer quelque chose qui n'existait pas dans sa lignée paternelle.
Et pour cela, il faut de nouveaux outils, de nouveaux accompagnements, de nouveaux modèles. Il faut des témoignages d'autres pères. Des récits qui montrent que oui, c'est possible. Que oui, c'est beau. Que oui, ça change tout. Mais que non, ce n'est pas intuitif. Et que oui, ça se prépare.

Mon objectif avec Gardiens de la Naissance va bien au-delà de créer "encore un podcast" ou "encore une série audio pour parents".
Je veux provoquer une prise de conscience collective.
Je veux que vous réalisiez que vous avez un rôle énorme, une magnifique place à prendre. Que votre présence n'est pas "optionnelle" ou "en bonus". Vous êtes essentiels. Votre compagne a besoin de vous. Votre enfant a besoin de vous. Pas d'un père qui "aide" de temps en temps. D'un père qui est là, pleinement, consciemment.
Mais je veux aussi que vous compreniez que cette place demande de la préparation. Parce que contrairement aux idées reçues, ce n'est pas du tout intuitif.
Si vous vous sentez perdus, démunis, décalés face à la paternité, ce n'est pas parce que vous êtes défaillants. Ce n'est pas parce que vous n'êtes pas faits pour ça. C'est parce qu'on ne vous a rien transmis. On vous a dit que vous verriez bien, que ça viendrait naturellement. Mais la vérité, c'est que personne ne vous a montré comment faire.
Et il est temps que vous preniez cette préparation en main. Non pas parce que vous "devez" le faire. Mais parce que vous le méritez. Vous méritez d'arriver à la naissance de votre enfant en vous sentant prêts, confiants, légitimes dans votre rôle. Vous méritez de vivre cette transformation en pleine conscience, pas dans le brouillard et l'improvisation.
Je veux que les professionnels de la périnatalité - sages-femmes, doulas, psychologues, PMI, maternités - réalisent que l'accompagnement du père n'est pas secondaire. Qu'on ne peut plus se contenter de dire "c'est bien s'il vient aux consultations" ou "on verra avec lui le jour J".
L'accompagnement périnatal doit devenir inclusif du père et du couple dès le début. Pas comme une option. Comme une évidence.
Cela demande de repenser nos formations, nos protocoles, nos outils. Cela demande de se poser la question : comment je peux inclure ce père ? Comment je peux lui donner sa place sans envahir celle de la mère ? Comment je peux l'informer, le préparer, le rassurer, sans l'infantiliser ?
Trop souvent, les pères sont invisibilisés pendant la grossesse. On leur pose quelques questions polies en consultation, mais le discours est principalement adressé à la femme. Et puis, le jour de l'accouchement, on leur demande soudainement d'être présents, solides, soutenants. Sans transition. Sans préparation. C'est incohérent.
Je rêve d'un monde où, dans 10 ans, on pourra mesurer une réduction significative des dépressions post-natales (maternelles ET paternelles), des séparations de jeunes parents dans les deux ans après la naissance, et des suicides maternels - qui restent la première cause de décès des jeunes mamans en France.
Parce que oui, la préparation des pères peut avoir un impact direct sur ces chiffres.
Un père préparé, c'est une mère mieux soutenue. C'est un post-partum plus doux. C'est une relation de couple préservée. C'est une famille qui commence sur de bonnes bases.
Ce n'est pas magique. C'est systémique. Quand le père est solide, présent, informé, toute la famille en bénéficie. Et quand le père est perdu, absent, dépassé, c'est toute la famille qui trinque.
Pour atteindre cette ambition, j'ai créé un écosystème complet d'accompagnement pour les futurs pères.
Des témoignages de pères qui racontent leur vérité. Leur joie, leurs doutes, leurs peurs, leur transformation. Des interviews d'expert.e.s qui décryptent ce décalage entre les attentes sociétales et la réalité vécue par les jeunes pères.
L'objectif du podcast, c'est de créer de nouveaux modèles. De montrer que non, vous n'êtes pas seuls. Que oui, d'autres pères ont vécu la même chose. Que oui, c'est possible de trouver sa place. Que oui, c'est normal d'avoir peur, de douter, de se sentir dépassé. Mais que oui, il existe des chemins pour traverser tout ça.
Pour que les futurs pères puissent se reconnaître, se sentir moins seuls, et trouver des repères. Pour que les jeunes pères puissent déposer leur vécu, se sentir validés, compris. Pour que les professionnels de la périnatalité comprennent mieux ce que vivent les hommes qu'ils accompagnent.
Un programme audio complet pour vous accompagner au quotidien dans votre transformation en père. Vous pouvez l'écouter dans votre voiture pendant les trajets, en marchant, en faisant les courses, pendant votre pause déjeuner. C'est votre compagnon de route.
À l'intérieur, vous trouverez des outils pratiques et concrets pour construire votre propre paternité consciente. Des exercices pour vous reconnecter à votre propre enfant intérieur. Des réflexions sur votre lignée paternelle. Des témoignages de pères qui sont passés par là. Des clés pour trouver votre place pendant la grossesse, l'accouchement, le post-partum.
Pas de théorie vide. Pas de conseils génériques. Juste du concret, du vécu, de l'humain.
Parce qu'un accompagnement vraiment périnatal doit être inclusif du père et du couple, j'ai également créé des ressources destinées aux professionnel.le.s.
Trop souvent, les sages-femmes, doulas, psychologues, sont formés à accompagner les femmes... mais pas les pères, ni le couple en tant que système. Ils veulent bien faire, mais ils n'ont pas toujours les outils pour inclure pleinement le père dans l'accompagnement.
Ces ressources permettent aux professionnel.le.s de mieux comprendre ce que vivent les pères, d'identifier leurs besoins spécifiques, et d'adapter leur accompagnement pour qu'il soit vraiment inclusif. Parce qu'un père bien accompagné par les professionnel.le.s qui entourent sa compagne, c'est un père qui va se sentir légitime, inclus, et donc capable de prendre toute sa place.

Quand un père est inclus, informé, accompagné, il peut être plus solide et plus présent. Et cela change absolument tout.
Une famille qui commence sur de bonnes bases, c'est un post-partum plus doux pour la mère. C'est moins de charge mentale qui repose uniquement sur ses épaules. C'est un couple qui traverse cette période intense ensemble, au lieu de se sentir chacun isolé dans sa propre expérience.
C'est aussi moins de séparations et de divorces précoces. Parce que oui, les statistiques sont là : le taux de séparation explose dans les deux premières années après la naissance d'un enfant. Et souvent, c'est parce que le père ne trouve pas sa place, que la mère se sent seule, que le couple ne communique plus.
C'est moins de dépressions du post-partum, maternelles ET paternelles. Parce que oui, les pères aussi peuvent faire des dépressions post-natales. Mais on en parle peu. On ne les dépiste pas. On ne les accompagne pas.
C'est un lien d'attachement père-enfant plus fort dès la naissance. Parce qu'un père qui a trouvé sa place pendant la grossesse et l'accouchement, c'est un père qui se sent légitime dès les premiers instants de vie de son enfant. Pas un père qui découvre son bébé deux semaines après, une fois que "maman a eu le temps de s'installer".
Ce n'est pas un luxe. C'est un besoin essentiel.
Surtout dans une société où le suicide maternel est la première cause de décès des jeunes mamans en France. Ce chiffre devrait tous nous choquer, nous mobiliser, nous pousser à repenser complètement notre accompagnement périnatal. Et cela passe, entre autres, par l'accompagnement des pères.
Ce projet n'est pas né d'une théorie ou d'une étude. Il est né de mon propre vécu.
La préparation et l'implication de mon mari ont fait toute la différence dans mes grossesses, mes accouchements, mes allaitements, mon post-partum. Sans lui, je ne serais pas la mère que je suis aujourd'hui. Sans lui, mes enfants n'auraient pas vécu les naissances qu'ils ont vécues.
Et je sais que ce n'est pas de la chance. Ce n'est pas parce que j'ai "épousé le bon". C'est le fruit d'une préparation consciente, d'un engagement profond de sa part, et d'un soutien mutuel dans notre couple. Mon mari a fait le choix de se préparer. Il a lu, il a écouté, il a posé des questions, il a exploré ses propres peurs et ses propres modèles paternels.
C'est aussi inspiré du vécu de tous les jeunes parents que j'ai pu interviewer depuis que je me suis lancée dans cette aventure. Des pères qui ont pleuré en me racontant leur histoire. Des pères qui m'ont dit "personne ne m'avait jamais demandé comment moi j'avais vécu ça". Des pères qui se sont sentis vus, entendus, pour la première fois.
Il est temps d'arrêter de dire aux pères que "c'est intuitif" ou qu'"ils verront bien". Il est temps de leur offrir des vrais outils, de vrais modèles, un vrai accompagnement.
Parce qu'un père qui se sent préparé, soutenu, légitime dans son rôle, c'est un père qui peut pleinement habiter sa place. Et c'est toute la famille qui en bénéficie.
Les pères d'aujourd'hui veulent être présents. Ils veulent être impliqués. Mais ils ont besoin qu'on leur montre comment. Qu'on leur donne les outils. Qu'on leur transmette ce que personne ne leur a jamais transmis.
Et c'est exactement ce que je fais avec Gardiens de la Naissance.
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