Devenir père, c'est bien plus que couper un cordon ombilical ou changer des couches. C'est une transformation profonde, faite de moments de grâce absolue et d'épreuves dont on ne parle pas assez. Samuel, pharmacien et père de trois enfants, nous livre dans le premier épisode du podcast Gardiens de la Naissance un témoignage rare : authentique, sans filtre, et profondément humain.
De son premier accouchement à domicile à l'interruption médicale de grossesse qu'il a traversée avec sa compagne, Samuel raconte comment il a vécu sa paternité dans ce qu'elle a de plus brut et de plus beau.
Pour Samuel et sa compagne, le choix de l'accouchement à domicile s'est imposé dès la première grossesse. "Elle ne voulait pas médicaliser le truc", explique Samuel. Un choix qui demande préparation et confiance.
Accompagnés par une sage-femme, ils ont appris les techniques de respiration, les massages pour soulager les douleurs, et ont créé un environnement serein avec des playlists musicales. "On était plutôt serein, même si le jour J, on était tous en panique à courir partout", confie-t-il avec un sourire.
Ce qui a le plus marqué Samuel lors du premier accouchement ? La puissance qu'il a découverte chez sa compagne : "C'était puissant, c'était sauvage. On a un autre regard. C'est la guerrière en pleine action."
Pour beaucoup de pères qui assistent à l'accouchement, ce moment devient un tournant. On ne voit plus sa partenaire de la même façon. On comprend viscéralement la force qu'il faut pour donner naissance.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le père n'est pas spectateur lors d'un accouchement à domicile. Il est accompagnant, soutien, repère. Samuel massait le dos de sa compagne, l'encourageait, restait présent à chaque contraction.
"En soi, moi, je suis juste accompagnateur. Mais c'est elle qui décide. C'est elle qui fait le boulot."
Cette posture humble et engagée qui peut être difficile à atteindre pour certains, est une clé lors d'un accouchement et pendant le post-partum, notamment quand il y a un projet d'allaitement : être présent sans prendre la place, soutenir sans diriger.
"On était sur notre petit nuage, à admirer cette petite chose qu'on a faite", raconte Samuel. Les premiers jours après la naissance sont souvent décrits comme magiques, et c'est vrai. Mais ils sont aussi épuisants.
Pour leur première fille, Samuel n'a pu prendre que quinze jours de congé paternité. "T'as pas envie d'y aller au boulot. Tu veux rester dans le petit nuage. Et puis quitter bébé, c'était plutôt dur."
Ce n'est qu'à la naissance de son troisième enfant que Samuel a pu prendre deux mois de congé. "Complètement différent", affirme-t-il. Plus de temps pour créer du lien, mieux comprendre les besoins du bébé, soulager vraiment sa compagne.
Des études montrent que le cerveau du père se modifie en fonction du temps passé avec le bébé. Plus un père est présent, plus il développe une sensibilité et une capacité à répondre aux besoins de son enfant. Samuel en a fait l'expérience : "Je trouve que je reconnais plus ses habitudes. Avant, c'était la checklist : couche, faim, coliques. Là, c'est plus clair."
Leur deuxième fille est née dix jours avant le premier confinement de 2020 et Samuel est pharmacien, obligé de travailler encore plus. "Ma compagne, elle est toute seule à la maison. La famille ne peut pas venir. C'était très, très compliqué."
Le soutien familial et social pendant le postpartum n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Sans ce filet de sécurité, les jeunes parents peuvent rapidement se sentir isolés et submergés.

Les deux filles de Samuel ont été allaitées jusqu'à environ cinq ans. Un choix qui surprend, qui dérange parfois, mais qui est pourtant naturel.
"Quand on parle de dents de lait, les dents de lait, ce sont les dents pendant la lactation. On les perd normalement quand on devrait arrêter de téter", explique Samuel. Une réflexion qui remet en question les recommandations conventionnelles d'arrêt de l'allaitement à un ou deux ans.
Même s'il ne peut pas allaiter, le père a un rôle crucial dans le soutien à l'allaitement. Samuel l'a vécu avec les difficultés de leur deuxième fille, qui avait un frein de langue et d'importants reflux.
"On avait une technique où la grande commençait à faire monter le lait, et après on mettait bébé au sein." Une solution créative, trouvée en famille, qui illustre bien comment le père peut être acteur de l'allaitement sans être celui qui allaite.
À cinq mois de grossesse de leur troisième enfant, Samuel et sa compagne apprennent que leur bébé souffre d'une spina bifida sévère. "Votre enfant sera paralysé, il aura une opération tous les trois mois jusqu'à l'âge adolescent."
Face à ce pronostic, ils prennent la décision déchirante d'une interruption médicale de grossesse. "C'était le pire moment de ma vie."
Samuel et sa compagne ont fait le choix de partager cette épreuve avec leurs deux filles. "On partage notre tristesse. Il n'y a rien à expliquer parce que même nous, on ne comprend pas."
Ils ont organisé un enterrement, permettant à toute la famille de faire ses adieux. Aujourd'hui, leurs filles savent qu'elles ont une petite sœur, et ils vont lui rendre visite de temps en temps.
Ce témoignage est rare et précieux. Le deuil périnatal reste un tabou, et encore plus quand on parle du vécu des pères et de l'accompagnement des frères et sœurs.
"Faut pas qu'on reste sur ça. On voulait un autre enfant et puis on tente", raconte Samuel. Six mois plus tard, sa femme retombe enceinte. Une grossesse vécue différemment, avec distance et retenue, jusqu'à ce que les échographies confirment que tout va bien.
La résilience, ce n'est pas oublier. C'est accepter que la vie continue, que la joie peut revenir, même après l'impensable.
"Faut pas avoir peur. C'est naturel. Quand on voit un petit être qu'on a ça dans les bras, on ne peut que l'aimer. Ça coule de source".
"Avant, on pensait à notre petit confort. Maintenant, on pense d'abord à ce qu'il leur faut", observe Samuel. Devenir père, c'est aussi accepter de ne plus être le centre de sa propre vie.
Mais ce n'est pas une perte, c'est un déplacement du regard. Une façon de voir le monde autrement.
Que ce soit sur l'accouchement à domicile, l'allaitement long ou l'éducation bienveillante, Samuel et sa compagne ont fait des choix qui s'éloignent des normes. À leurs parents, "on leur dit clairement : faites ce que vous voulez, nous on n'était pas là pour critiquer. Laissez-nous éduquer les nôtres."
Cette liberté de faire selon ses valeurs, sans se laisser dicter par la pression sociale ou familiale, est un pilier de la paternité consciente.
Le témoignage de Samuel nous rappelle que la paternité est une aventure complexe, faite de lumière et d'ombres. Elle demande de la présence, de l'humilité, du courage. Elle transforme profondément celui qui l'embrasse pleinement.
Si tu es futur père ou jeune papa, sache que tu n'es pas seul dans tes doutes, tes questions, tes peurs. Des milliers d'hommes vivent les mêmes choses que toi. Et comme Samuel, tu peux choisir de te préparer, de t'impliquer, de devenir le père présent et engagé que tu veux être.
🎙️ Écoute l'épisode complet avec Samuel sur le podcast Gardiens de la Naissance (disponible sur toutes les plateformes)
📖 Télécharge gratuitement l'ebook "Les 6 sujets que tout futur papa devrait connaître" pour commencer à te préparer concrètement à la paternité
Tu y découvriras :
Comment soutenir ta compagne pendant la grossesse et l'accouchement
Les vraies questions à se poser avant l'arrivée de bébé
Comment créer du lien avec ton enfant dès les premiers jours
Les pièges à éviter en tant que jeune père
Des outils concrets pour t'impliquer pleinement
La paternité, ça se prépare. Et ça commence maintenant.
Cet article est basé sur le témoignage de Samuel, partagé dans le podcast Gardiens de la Naissance. Certains détails ont été adaptés pour la clarté et la structure de l'article, mais l'essence du témoignage reste fidèle aux paroles de Samuel.
Photos : Tatiana Syrikova / Pexels, Josh Willink / Pexels
Tu veux aller plus loin dans ce défi qui est celui de devenir un véritable gardien de la naissance de ton bébé ? Commence par l'ebook gratuit.